NO ONE KNOWS WHY

Une lumière rouge aveuglante apparaît derrière un sapin enneigé au crépuscule. Elle saute par-dessus quelques pillows avant d’atterrir dans la poudreuse. Nicolas Vuignier et Jules Guarneri ont eu de grandes - trop grandes ? - ambitions pour leur dernier film. Une œuvre qui se veut un peu tout, mais surtout de l’art représenté par du ski. Difficile de sortir du lot alors qu’on a quasiment tout vu dans le domaine des vidéos et du ski. Mais avec ce film qui n’a même pas de nom, les deux réalisateurs ont réussi à relever le défi. Le film représente leur expression artistique. C’est un concept qui ne se visionne pas à la va-vite.

Les longues séquences au ralenti peuvent paraître presque ennuyantes. Les deux réalisateurs souhaitent montrer quelque chose... qu’ils finissent par garder pour eux-mêmes. Voici pourquoi la première séquence est ultra-longue. Il s’agit de créer un effet insistant. La poudre noire semble animée. On fait face à un monde de mouvements très difficile à décrire avec des mots. Les fins changements entre les plans de profondeur font penser à des vagues au coucher du soleil, que l’on pourrait regarder sans cesse. Du son et un univers d’images - un véritable rêve. Si l’on embarque dans le film, on reste complètement hypnotisé. La veille et le lendemain n’existent plus. La fin du film est comme la fin d’un trip. Oh! C’est vrai, j’étais en train de regarder un film!









«Style.
Le style est la réponse à toute question.
Une nouvelle façon d’approcher une bêtise ou un danger.
Il est préférable de faire une bêtise avec style, qu’une action dangereuse sans style. Réaliser quelque chose de dangereux avec style est un véritable art.»

C. Bukowski
Le film est divisé en trois parties. Au début, une voix explique la définition du style. Comme si Nicolas et Jules voulaient se faire des compliments. Mais on ne le prend pas comme tel. C’est plutôt une description très appropriée de leur motivation. Les runs en poudreuse s’enchaînent comme une série d’explosions. Après l’avoir visionné une énième fois, je me prends au jeu. Je ressens le besoin d’en parler à d’autres gens, tout en sachant que ce film ne percera probablement jamais. Un bonheur pour le monde artistique.

Dans la deuxième partie, Nicolas Vuignier, Sammy Carlson, Greg Tuscher, Aurel Anthamatten et Mathieu Schaer partent au crépuscule enneigé, comme décrit dans l’introduction, munis de torches pyro. La troisième partie tourne autour de Nicolas - au sens propre du terme. Ils ont bricolé des ailes pour un iPhone qui sert de caméra centrifuge. L’appareil tourne autour de Nicolas dans toutes les situations. Ces séquences sont accompagnées d’une musique qui amène le spectateur dans une sorte de transe. Grâce à la qualité vidéo de l’appareil, il en résulte des plans vraiment impressionnants. C’est un miracle que Nicolas et Jules n’aient pas été chargés de faire de la pub pour Apple.
Le film montre un travail artistique au niveau le plus actuel. Y compris le générique. Bravo! Où peut-on le regarder? Sur la chaîne Youtube de Nicolas Vuignier.

Article publier dans TWIN magazine Nr. 11, décembre 2015


Mark


Ruedi Flück 2019 — Bern, Switzerland